Comment contribuer à l’inclusion financière des jeunes entrepreneurs en Guinée ?
Le développement économique et la croissance en Guinée comme dans de nombreux pays moins avancés passent par un meilleur accès aux financements pour les jeunes et leurs projets.
Cet accès au financement passe notamment par le développement du secteur financier formel et par le rapprochement des jeunes (notamment ruraux) vers le secteur financier. Les récentes données issues sur la situation de l'inclusion financière en Guinée montrent que le niveau d’inclusion financière s’est accru non pas du fait des institutions bancaires ou des systèmes financiers décentralisés, mais du fait de l’offre de services financiers numériques avec une évolution de la proportion de la population adulte possédant un compte passant de 7 % en 2014 à 23,5 % en 2017. Ce pourcentage restant faible, il est important d’aider les institutions financières à mieux comprendre les besoins de cette population pour adapter leurs produits et proposer une éducation financière pour les jeunes.
Créer un lien entre les jeunes et une institution financière
UNCDF est l’une des agences de mise en œuvre du Programme INTEGRA, financé par l’Union Européenne, qui vise à rendre autonome plus de 15 000 jeunes Guinéens. Ce programme propose un parcours d’insertion avec des formations et des chantiers écoles de 9 mois au cours duquel les jeunes apprendront un métier et renforceront leurs compétences dans plusieurs domaines transversaux nécessaires pour assurer leur intégration dans la vie active.
Le rôle spécifique de UNCDF est de créer le lien entre les jeunes et une institution de microfinance partenaire, FINADEV, au sein de laquelle deux comptes sont ouverts, un compte courant et un compte épargne. Le compte courant sert à recevoir un paiement toutes les deux semaines pour permettre aux jeunes de couvrir leurs frais durant la formation et le compte épargne engrange une somme d’argent qui sera disponible une fois le parcours d’insertion fini pour faciliter l’entrée des jeunes dans la vie active. En complément de ces deux comptes, FINADEV forme les jeunes aux notions d’épargne et de crédit.
Pour les jeunes, l’accès à des financements est difficile car ils sont souvent incapables de démontrer leur capacité de remboursement et ne possèdent aucune garantie. Pour cela, UNCDF et FINADEV insistent sur l’importance de l’épargne comme moyen de constituer un capital de départ et de renforcer les liens et la confiance des institutions de microfinance envers leurs clients.
Des premiers résultats avec 77 jeunes à Badaraya
La première cohorte de 77 jeunes suivant le programme INTEGRA a fini le parcours d’insertion à la fin du mois de février 2020. Nous avons saisi cette opportunité pour observer le comportement des jeunes vis-à-vis de leur épargne et de l’usage de leurs comptes bancaires. Pour cela, une enquête rapide a été effectuée pour apporter des réponses sur l’indépendance des jeunes vis-à-vis de l’usage de leur argent et sur l’utilisation de l’épargne.
Les principaux résultats sont les suivants :
Usage des comptes bancaires
Les jeunes ont en général retiré leur épargne des comptes dès la mise à disposition en fin de cursus quel que soit leur profil (salarié ou indépendant).
En parallèle, deux groupements de jeunes ont ouvert des comptes pour deux entreprises (soudeurs et maçons) et ont mutualisé une partie de leur épargne pour investir en commun.
Depuis ces retraits, seuls 9 % des comptes sont actifs.
Le manque d’activité sur les comptes peut s'expliquer par le faible usage de services bancaires en général à Kindia et par la distance entre Badaraya et l'agence de Kindia ce qui incite les jeunes à faire leurs transactions en monnaie physique. L'interconnexion entre les comptes et les services Orange Money peut permettre une utilisation plus facile des comptes. Il est encore tôt pour évaluer l'appropriation des comptes par les jeunes surtout en cette période où l'activité économique est ralentie du fait de la COVID 19.
Motivation du choix de retrait
L’enquête montre que 89 % des jeunes ont déclaré avoir pris eux-mêmes la décision de retirer leur argent. Dans 8 % des cas, c’est leur famille qui les a incités à faire ce retrait. Seuls 3 % n’ont pas retiré leur argent. On constate que pour les femmes, le pourcentage de jeunes ayant retiré leur argent à la demande de leur famille passe à 27 % (au lieu de 8 %). Seuls les jeunes hommes ont conservé de l’argent sur leurs comptes.
Le graphique suivant montre le pourcentage de jeunes qui ont donné tout ou partie de leur épargne à leur famille. C’est un facteur important en Guinée où les jeunes, bien que majeurs, sont toujours rattachés à leur foyer parental et donnent une partie de leurs revenus à leur famille.
Parmi les jeunes qui ont donné une partie de leurs revenus à leur famille, la majorité (63 %) déclarent n’avoir donné qu’une faible partie de ces revenus et 31 % en ont donné la moitié
Usage des fonds épargnés
72 % de l’argent a été dépensé pour financer l’activité des jeunes. Suivi du don aux parents et des dépenses courantes chacun à 8 %. Les jeunes déclarent avoir conservé 5 % de l’épargne dans les comptes FINADEV. On remarque une plus grande propension des femmes à utiliser l’argent pour des dépenses de la vie courante et qu’aucune d’entre elle n’a conservé d’argent sur les comptes FINADEV.
On constate que l’argent mis à la disposition des jeunes pour permettre leur autonomisation a été largement utilisé pour financer leur activité, en ce sens, le programme INTEGRA financé par l’Union Européenne remplit son objectif même s’il faudra attendre plusieurs mois avant d’évaluer la pérennité des activités des jeunes. L’objectif d’UNCDF de favoriser l’inclusion financière en mettant à disposition des jeunes des produits accessibles n’est cependant qu’en partie atteint car même si 100 % des jeunes disent avoir l’intention de continuer à utiliser leurs comptes courants et d’épargne, on constate une très faible activité sur les comptes. On peut énoncer plusieurs raisons à cela comme le manque de revenus des jeunes et de moyens de paiement ou de transfert accessibles depuis les zones rurales. UNCDF et son partenaire FINADEV continueront à suivre l’usage de ces comptes pour mieux comprendre les attentes et difficultés des jeunes et adapter les services financiers à leur destination.
Un nouveau lien de confiance entre les jeunes et une institution financière
Le programme INTEGRA permet aux jeunes d’être en relation directe avec un prestataire de services financiers dès de le début de leur parcours. Cela leur permet, au-delà de l’impact de l’éducation financière reçue, de pouvoir se familiariser avec un secteur qu’ils ne maîtrisent pas et qui peut véhiculer beaucoup d’idées reçues. Au fils des mois, une relation de confiance se créée entre jeune bénéficiaire et l’institution financière qui permet de faire tomber des barrières pour l’obtention de financements.
Même si le parcours d’intégration est terminé, les jeunes continuent à être en relation avec FINADEV qui apporte des conseils dans la gestion de leur argent et les accompagne avec des produits de crédit adaptés. Cependant, de nombreux efforts devront encore être faits pour améliorer l’accès pour cette catégorie de la population aux services financiers et rendre attrayants les services formalisés d’épargne et de crédit. La faible bancarisation de l’économie en secteur rural et le peu de moyens de paiements digitaux disponible ralentissent l’adoption des services mis à disposition. Nous pouvons toutefois être optimistes au vu du développement des services de monnaie électronique et des interconnexions entre banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique (Orange Money, MTN…) qui rendent plus flexible les transferts et permettent de réaliser des paiements à partir de comptes directement depuis un téléphone portable.
UNCDF et FINADEV, forts de cette première expérience, vont concentrer leurs efforts sur une meilleure compréhension des besoins des jeunes et sur le développement de nouvelles solutions digitales afin de garantir une adéquation entre les services financiers disponibles et leurs besoins pour améliorer l’inclusion financière en Guinée.