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La Digitalisation pour une Meilleure Information et Formation dans la Filiere Elevage au Burkina Faso

  • 07 July 2021

  • Ouagadougou, Burkina Faso

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L’élevage constitue un secteur clé de l’économie burkinabé. Il est pratiqué par plus de 80% de la population et les principaux types d’élevage pratiqués sont ceux des bovins, caprins, ovins et de volaille.

La contribution de l’élevage à l’économie et au développement du Burkina Faso est estimée à 18% du PIB et à 26% des exportations en valeur (Ministère du Commerce, 2016). Ces statistiques économiques et commerciales font de l’élevage la troisième filière d’exportation après l’or et le coton.

L'élevage constitue après l’agriculture la deuxième activité du secteur primaire au Burkina Faso. Les produits de l’élevage occupent le deuxième rang des exportations après le coton avec une contribution de 18% au PIB et 26% aux recettes d'exportation (CEDEAO, 2019). Cette contribution de l’élevage dans la création de richesse devra continuer à croitre avec un taux estimé à 2,7% (MAFAP/FAO, 2012).

L’accès à l’information et à la formation reste un élément très important pour une meilleure production, donc pour une croissance du secteur.

Malgré le fait que pratiquement tous les éleveurs déclarent avoir accès aux informations de leur filière, l’étude portant sur la « Cartographie de la filière élevage au Burkina Faso et l’identification des opportunités de digitalisation des paiements et des services non financiers », commanditée par UNCDF au Burkina Faso, nous montre que beaucoup reste à faire dans la diffusion de l’information et surtout dans la formation professionnelle des éleveurs. Il convient de préciser que la filière élevage concerne aussi bien la filière volaille que la filière bétail et viande. Les flux non financiers concernent tout aussi bien l’accès à l’information que l’accès à la formation.

Informations disponibles pour les éleveurs

S’agissant de l’accès à l’information, on observe que pratiquement tous les éleveurs (93,2%) déclarent avoir accès aux informations de leur filière.

Mais bien que l’accès à l’information semble ne pas constituer un problème majeur, les productrices déclarent un niveau d’accès très légèrement inférieur à celui des hommes. Il est possible qu’il existe un lien entre l’accès à l’information et le niveau d’études ; et ce d’autant plus que la proportion des « non-alphabétisées » est assez élevée chez les éleveuses (aux alentours de 55% contre une moyenne générale de 49,8%).

Les informations auxquelles les éleveurs ont accès sont, par ordre d’importance :

  • Les maladies des animaux-vaccinations (92%),
  • Les techniques d’élevage (67%),
  • Les informations sur les intrants et les équipements (54%),
  • L’actualité de la filière élevage (31%).

Dans leur grande majorité (98%), les éleveurs reconnaissent l’utilité des informations disponible comme l’explique l’Association Pegdwende des éleveuses de volaille de Pouytenga « Oui ! nous avons accès à l’information sur les intrants, les maladies, les formations à la radio et ce à tout moment. Nous les mettons en pratique et ces informations nous permettent d’anticiper et de traiter les maladies de volaille ».

Association Pegdwende des éleveuses de volaille de Pouytenga

Par contre, les informations sur les crédits à l’élevage semblent insuffisamment accessibles (11% seulement) et peuvent expliquer en partie le faible recours à l’emprunt pour financer les activités de production.

Circuits des informations

On note que les informations circulent des principaux émetteurs (services étatiques, services privés, professionnels vétérinaires) vers les récepteurs (éleveurs et coopératives).

Le circuit principal de transmission des informations dans la grande majorité des régions est le bouche-à-oreille (86%). Il s’en suit la radio & télévision (60%), et dans une moindre mesure des supports interprofessionnels de la filière (34% pour la filière volaille et 28,5% pour la filière bétail/viande). Nous estimons que le téléphone portable (vue son taux de pénétration chez les éleveurs de l’ordre de 95%) fait également partie du bouche-à-oreille et constitue un moyen complémentaire du face-à-face traditionnel.

Des sources telles que les journaux, les panneaux d’affichage ou encore les SMS ne sont presque pas exploitées, même si un taux relativement élevé est constaté dans l’utilisation des SMS chez les éleveuses aux alentours de 11%.

Besoins et attentes des éleveurs en matière de formation

Lors de l’étude, presque tous les éleveurs (96%) ont déclaré avoir besoin de développer des compétences. Les raisons de ce score relativement élevé sont de plusieurs natures :

  • La diversité des domaines dans lesquels une compétence est utile (voire nécessaire) : formation technique, formation financière, formation managériale, etc.
  • La prise de conscience par les éleveurs de leur niveau d’études relativement modeste, nécessitant une mise à niveau.

Les entretiens réalisés avec les membres de l’Association Tilgre des Femmes Eleveuses de Kuppela (ATFEK), Centre-Est l’illustrent bien : « La formation est une bonne chose, ça va nous aider dans notre activité. La difficulté est l’analphabétisme des gens. Il faut octroyer des formations sur l’utilisation du mobile, envoyer les messages en langue locale et alphabétiser ceux qui ne savent pas lire ».

Près de 80% des éleveurs dans les régions de l’étude ont exprimé le besoin de formation professionnelle afin d’avoir une meilleure connaissance des spécificités de leur activité. C’est ainsi que la Coopérative des éleveurs de Nouhao, Centre-Est, affirme « avoir besoin de formations en matière d’élevage et les techniques pour mieux réussir l’embouche bovine ».

Troupeau bovin au Burkina Faso

En plus du besoin de formation professionnelle, nous pouvons lister d’autres besoins aussi importants pour une meilleure gestion des activités des éleveurs :

  • La formation à la technologie (sollicitée par 56,1% des éleveurs). C’est le signe d’une prise de conscience de l’importance de la technologie, et plus particulièrement des outils digitaux, pour mieux gérer l’activité.
  • L’importance de véhiculer l’information sous la forme des langues vernaculaires afin de contourner la barrière de l’analphabétisme.
  • L’information sur les services financiers et la formation à l’usage de ces services (34%).
  • Le développement des partenariats (34%). C’est le signe d’une prise de conscience par les éleveurs qu’une véritable croissance de leurs activités nécessite la collaboration avec d’autres acteurs dans des domaines qui peuvent être techniques, financiers ou même managériaux.

Bien que l’éducation financière arrive en dernière position des types de besoins de formation (26,5%), il faut apprécier ces éleveurs qui ont compris que la connaissance et le respect de l’orthodoxie financière (financement de l’activité, gestion du fonds de roulement, équilibre financier, etc.) sont critiques pour le succès de leur activité. C’est ainsi par exemple que le plus jeune producteur de volaille de Sarogo (Nobéré), Centre-Sud « ne demande pas de prêt par manque de connaissance de la procédure de demande de prêt, des offres et conditions de financement ».

Apport du digital

Utilisation de supports digitaux au Burkina Faso

Il a été relevé dans le cadre de l’étude que 96% des acteurs directs déclarent avoir besoin de développer leurs compétences. D’autre part 97% des éleveurs reconnaissent l’utilité des informations auxquelles ils ont accès. Enfin, le bouche-à-oreille (86%) et la radio/TV (60%) demeurent les principales sources d’information.

Au vu des nombreux besoins en formation et en information, le digital permettrait principalement de lever l’obstacle de l’analphabétisme, au travers de modules de formations adaptées.

Les outils tels que les smartphones (usage personnel) et tablettes ou ordinateurs (pour associations/groupements) serviraient de supports pour véhiculer les informations et modules de formations afin d’améliorer notamment la réactivité décisionnelle des éleveurs lors de la gestion de leur exploitation, de mieux comprendre les facteurs-clés de succès de leur exploitation, et d’améliorer leur efficacité commerciale, et donc d’augmenter leurs revenus.

Pour en savoir plus sur les opportunités offertes par la digitalisation de la filière élevage au Burkina Faso vous pouvez aussi consulter cet autre blog paru précédemment ici.

Les résultats de cette cartographie ont été présentés lors d’un seminaire en ligne le 28 Avril 2021 pour en savoir plus visionner la session sur Youtube ici.