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Le combat contre la désertification ramifie les liens communautaires et relance l’économie locale au Niger

  • 17 June 2024

  • Plaines de Zorian, Commune d’Abalak, Niger

Le changement climatique, l’irrégularité des saisons pluvieuses et le manque d'eau ont entraîné une succession de mauvaises récoltes dans le village rural de Zorian, situé à quelque 650 km au nord-est de Niamey, la capitale du Niger, au cœur de la zone aride du Sahel Ouest-Africain.

À chaque mauvaise récolte, les habitants constatent qu’un grand nombre de jeunes quittent le village à la recherche d'un emploi. Mais cette année, un projet de restauration et de récupération de terres dégradées - visant à freiner la désertification - est venu offrir de nouvelles opportunités économiques pour les jeunes de la commune et participer à renforcçer les liens communautaires.

Âgé de 75 ans, Wesouleymane Bilal est le chef du village de Zorian. Agro-Éleveur et père de famille, il est ravi de voir son village faire des progrès significatifs après seulement quelques mois de travail et grâce à l'investissement financé par, le mécanisme de financement de l’adaptation au niveau local (LoCAL) conçu par le UNCDF pour canaliser des subventions de résilience climatique vers les communes.

« Cette année, l’exode rural a beaucoup diminué » explique Mr Bilal, le chef du village.

«150 personnes ont reçu une rémunération d’environ 26 000 FCFA (43 USD) par mois pendant trois mois. Ceci a permis à plusieurs d’entre eux d’entreprendre des activités économiques, comme acheter du bétail pour des petits élevages de caprins, mais également de lancer des petits commerces. Plusieurs femmes ont ainsi pu combler les besoins alimentaires de leurs familles et payer les frais de scolarité de leurs enfants» ajoute Mr Bilal.

Un programme communautaire d'"argent contre travail" (Cash for Work), financé à travers la subvention de LoCAL, a permis à la commune d'Abalak d'engager 100 jeunes et 50 femmes pour travailler pendant trois mois sur un site de réhabilitation de terres dégradées de 60 hectares. Ce travail a permis aux jeunes et aux femmes d'obtenir un revenu avant le début des travaux saisonniers dans les champs, augmentant ainsi le nombre d'opportunités économiques pour une année entière.

Algéo Bilal, la Présidente du groupement des femmes du village confirme : ‘Les travaux de récupération de terres ont été d’une grande importance pour nous car en plus du fourrage qui pousse maintenant à la place du sable, cela nous a permis de gagner un revenu que nous avons utilisé pour acheter de la nourriture.…

Un autre aspect important ce sont nos enfants que nous voyons travailler à coté de nous au lieu du voyage qu’ils ont l’habitude d’effectuer à cette période vers d’autres villes où on a aucun contrôle sur leur comportement.

Pour les habitants de Zorian, il est attendu que la réhabilitation des 600,000 m2 de terres permettra de mieux capter les eaux de pluie et de restaurer le couvert végétal de la zone tout en augmentant le revenu monétaire des populations.

Le Maire de la Commune d’Abalak, Mr Antaka Rhousmane, souligne cependant que les résultats les plus importants ne sont pas forcément toujours ceux qui sont les plus visibles :

« La réussite de ce projet n’est pas à démontrer – vous le voyez vous-même - l’étendue des pâturages – ce n’est pas rien… en plus dans un endroit qui était nu comme un glacier ! » dit Mr Rhousmane.

« Mais surtout nous avons pu assister à un climat de symbiose auprès de ces communautés, en termes de cohésion et d’entente. A force, il y en a même qui se sont mariés entre eux ! Vous vous rendez compte ? Alors que c’étaient des communautés qui ne se fréquentaient pas avant ! » rajoute Mr Rhousmane.

En effet, les travaux de réhabilitation des terres ont fait intervenir des jeunes et des femmes venant de cinq autres villages : Assarara, Tansou wahid, Tigdite, Ebagaye et Janjaleti.

"Avec les cinq autres villages ayant participés aux travaux nous avons créé des liens de fraternité, dorénavant nous les invitons lors de nos cérémonies et ils nous invitent aux leurs’ souligne Algéo Bilal, la Présidente du groupement des femmes du village.

Le Maire est fier de la réussite du projet et loue son mode de fonctionnement : "Ce sont des sous-projets que la commune soumet à ses partenaires pour des financements, qui sont acheminés par l’ANFICT, selon les procédures de l’état et de ses partenaires.”

Avec le soutien d'UNCDF, l'Agence Nationale de Financement des Collectivités Territoriales (ANFICT) du Niger met actuellement en place un guichet climat, intégré au cœur du circuit national de financement des collectivités locales, basé sur l’approche de LoCAL. Ceci devrait permettre de renforcer les capacités des collectivités locales en matière de financement climatique et de gestion des investissements.

Grâce à ces améliorations, LoCAL a déjà contribué à financer plus de 64 investissements d'adaptation bénéficiant à plus de 120 000 personnes dans la région de Dosso, l'une des plus vulnérables du Niger (Rapport 2019 - 2022). Un nouveau cycle de financement a débuté en 2023, couvrant 17 communes supplémentaires, dans trois régions (Dosso, Tahoua et Zinder), parmi lesquelles Abalak et le village de Zorian. Les investissements se concentrent principalement sur des initiatives de restauration des terres pour lutter contre la désertification et améliorer la résilience et les moyens de subsistance des communautés, ainsi que sur le renforcement des capacités des collectivités locales.

Avec le mécanisme LoCAL, UNCDF achemine un soutien financier et technique vers le niveau local. Se basant sur un réseau global, régional et national, LoCAL canalise le financement climatique vers les collectivités, comme celle d’Abalak. Ainsi, les collectivités du Niger sont responsabilisées et autonomisées pour faire face au défi du changement climatique. Ce sont elles qui décident de leurs priorités. Tout en participant à la mise en œuvre du Plan National d’Adaptation, cette prise de décision au plus bas niveau administratif assure la pérennité de chaque investissement. Son appropriation au niveau local. est l'une des clés du mécanisme.

A Zorian par exemple, le projet de récupération des terres dégradées est géré par un comité de gestion composé de membres des six villages qui ont travaillé à l’aménagement du site. Les membres du comité de gestion organisent des réunions mensuelles tournantes dans un village. La gestion commune du site, maintenant dédié aux récoltes, entretient la cohésion sociale entre les villages et renforce la résilience au niveau local.

Mr. Moustapha Moussa, Président du Comité de Gestion à Zorian: « Je fais le plaidoyer de continuer cette activité pour que les jeunes puissent avoir un emploi temporaire et un revenu. Cela diminuera sérieusement la migration et l’exode rural. »

Pour en savoir plus, suivez ce lien au site LoCAL

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