LE
RAPPORT 2003 SUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN
LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE:
UN CONTRAT ENTRE LES NATIONS POUR ERADIQUER
LA PAUVRETE HUMAINE
PRESENTATION
PAR MR. NORMAND LAUZON
SECRETAIRE EXECUTIF
FONDS D’EQUIPEMENT DES NATIONS UNIES (FENU)
OTTAWA, LE 8 JUILLET 2003
| « Le niveau de développement humain dans le monde est variable et inégal, avec des progrès extraordinaires enregistrés dans certains domaines, et une stagnation ou un déclin dans d’autres. L’équilibre et la stabilité dans le monde exigeront l’engagement de toutes les nations, riches et pauvres, ainsi qu’un pacte mondial pour le développement dont le but est d’élargir le champs des opportunités offertes à tous les êtres humains» [1]” | ![]() |
J’ai le plaisir, aujourd’hui, d’être ici à
Ottawa, afin de lancer au Canada le Rapport 2003 sur le Développement
Humain. Ce Rapport, que le Programme
des Nations Unies pour le Développement commissionne depuis
1990, offre cette année une analyse des progrès mondiaux
enregistrés dans la poursuite des ambitieux Objectifs de Développement
du Millénaire (ODM) et du long chemin qu’il nous reste
à parcourir pour les atteindre.
Ainsi que vous vous en souvenez sûrement, en 2000, lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies, les 189 Etats membres des Nations Unies ont pris note des inégalités énormes qui existent de par le monde dans le niveau de développement humain et ont reconnu qu’il était de leur responsabilité collective de défendre les principes globaux de dignité humaine, d’égalité et d’équité. En plus de déclarer leur appui à la liberté, la démocratie, et aux droits de la personne, les Etats membres ont fixé huit objectifs de développement et d’éradication de la pauvreté devant être atteints à l’horizon 2015. Ces objectifs ont été réaffirmés lors du dernier sommet du G-8 qui s’est tenu en France le mois dernier. Seront-ils atteints ? Où nous situons-nous ? Que doit-on faire et pourquoi ?
Ce matin, tout d’abord, je souhaiterais passer en revue en votre compagnie la situation de l’Indice de Développement Humain avant de faire le bilan de la situation concernant l’atteinte de huit Objectifs de Développement du Millénaire
L’Indice de Développement Humain (IDH)
Depuis 1990, le Rapport sur le Développement Humain utilise l’Indice de Développement Humain comme mesure standard. Cet Indice est une mesure composite, combinant l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le revenu par habitant. Les valeurs maximales et minimales de chaque variable sont comprises sur une échelle de 0 à 1, chaque pays se situant sur un point précis de cette échelle.
En 2003, un Indice de Développement Humain a été déterminé pour 175 pays à partir des statistiques de l’année 2001, année la plus récente pour laquelle des données étaient disponibles. Les pays en tête et en fin de classement sont inchangés par rapport à l’année dernière, avec la Norvège en tête et la Sierra Leone en dernière position.
- Sur les 175 pays
analysés cette année, 55 appartiennent à la catégorie
du développement humain élevé (au-dessus de 0.800),
86 au niveau moyen (entre 0.500 et 0.800) et 34 au niveau considéré
très bas. Sur ces 34 pays, on dénombre 30 pays en zone
sub-Saharienne.
- En Afrique sub-Saharienne,
la pandémie dévastatrice du VIH/SIDA est responsable
des niveaux les plus bas de l’IDH 2003. Avec des taux de prévalence
du VIH/SIDA se situant parfois à un sur cinq dans certains
pays, l’espérance de vie y a enregistré un déclin
dramatique. L’Afrique du Sud, par exemple, a chuté de
28 places depuis 1990, principalement parce que de plus en plus de
gens y meurent à un jeune âge de maladies liées
au virus du SIDA.
- Environ la moitié
des pays d’Amérique Latine et des Caraïbes ont enregistré
soit un déclin, soit une stagnation du revenu moyen depuis
les années 1990 [2].
- Les pays d’Europe
de l’Est et d’Asie Centrale ont vu en 2003 un déclin
global de leur IDH résultant de la chute du revenu par habitant.
- Au sein des pays
en développement, Chypre, Hong Kong et la Barbade occupent
la première place.
- Le Canadaoccupe la 8e place, avec un IDH se situant à 0.937, juste après les Etats-unis, la Belgique et les Pays-Bas, bien que les différences dans les résultats de ces trois pays soient négligeables [3]. Le Rapport fournit des indications préoccupantes sur la performance du Canada dans les domaines de la pauvreté et des capacités humaines. Par exemple, on estime que 12,8% de la population vit au-dessous du seuil de la pauvreté monétaire [4] et que 16,6% des adultes [5] ne sont pas considérés comme ayant un niveau suffisant d’alphabétisation fonctionnelle de type prause.
Maintenant, permettez-moi de vous parler des Objectifs de Développement du Millénaire (ODM).
Objectif 1 : Eradiquer la pauvreté et la faim
L’objectif est de réduire de 50%, entre 1990 et 2015, la proportion de gens dont le revenu est inférieur à un dollar par jour et la proportion de gens qui souffrent de la faim.
Quelle est aujourd’hui la situation dans ces deux domaines ?
Dans le monde, la part de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est passée de 29% en 1990 à 23% en 1999. Cependant, en 1999, 2,8 milliards de personnes vivaient avec moins de 2$ par jour, avec 1,2 milliard d’entre elles arrivant à peine à survivre avec moins de 1$ par jour.
La diminution globale du nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est source d’espoir, bien que ce nombre demeure à un niveau incroyablement élevé. Quant à la situation de l’Afrique sub-Saharienne, région la plus pauvre du monde dans laquelle la pauvreté n’a pas réussi à être réduite, elle demeure fort préoccupante.
Pendant la période 1997-1999, 815 millions de personnes étaient mal nourries. Alors que la proportion de personnes souffrant de la faim a diminué, le nombre de personnes victimes de malnutrition n’a pas diminué de manière significative en raison de l’accroissement de la population mondiale. Ainsi, pendant les années 1990, les victimes de malnutrition n’ont diminué que de 6 millions par an. A ce rythme, il faudra plus de 130 ans pour éradiquer la faim dans le monde.
Objectif 2 : L’éducation primaire universelle
L’objectif est de s’assurer que, à l’horizon 2015, tous les enfants du monde –les filles comme les garçons– auront la possibilité de terminer le cycle primaire.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
A l’échelle mondiale, les taux de scolarisation dans le primaire se sont améliorés, passant de 80% en 1990 à environ 85% aujourd’hui. Mais cela signifie aussi que sur les 680 millions d’enfants en âge scolarisable, 115 millions ne vont pas à l’école –97% de ces enfants vivant dans les pays en développement.
Objectif 3 : L’équité entre les genres et
le renforcement du pouvoir des femmes
L’objectif est d’éliminer les disparités liées au genre en matière d’accès à l’enseignement primaire et secondaire, de préférence avant 2005, ainsi qu’à l’enseignement supérieur, avant 2015.
Quelle est la situation aujourd’hui?
La difficulté, pour toute société, est d’accepter l’idée que les femmes sont des partenaires égaux aux hommes dans les sphères privées et publiques de la vie et des processus décisionnels. Les statistiques suivantes sont édifiantes :
- 64% de la population
estimée d’adultes analphabètes sont des femmes.
- 60% des 113 millions
d’enfants qui ne sont pas scolarisés sont des filles.
- Partout dans
le monde, le revenu des femmes est toujours significativement inférieur
à celui des hommes.
- L’Indice
de Développement axé sur le Genre (IDG) sert à
ajuster l’IDH en fonction des inégalités entre
les hommes et les femmes. Si l’égalité parfaite
était atteinte en matière de développement humain,
l’IDG et l’IDH seraient identiques. Or dans tous les pays,
l’IDH est supérieur à l’IDG, ce qui suggère
que, partout, règne l’inégalité entre les
genres. Cette année, l’IDG a été estimé
pour 175 pays. Pour cet indice, le Canada occupe le 6e rang. L’espérance
de vie au Canada est de 81,8 ans pour les femmes contre 76,5 ans pour
les hommes. Le taux de scolarisation combiné pour le primaire,
le secondaire et le tertiaire y est légèrement supérieur
pour les femmes. Les principales inégalités ont trait
au revenu estimatif (21,000 dollars pour les femmes contre 33.000
dollars pour les hommes, soit un ratio de 63%).
- La Mesure du renforcement du pouvoir des femmes (MRPF) vise à estimer l’inégalité en matière d’opportunités économiques et politiques. Cette année, cet indice a été calculé pour 70 pays et le Canada occupe le 9e rang. Le ratio hommes/femmes est de 23,6% pour le nombre de siège au parlement ; de 35% pour les emplois de législateurs, de hauts fonctionnaires et de cadres dirigeants ; de 53% pour les emplois de cadres et de techniciens ; et de 63% en ce qui concerne les salaires.
Objectif 4: Réduire la mortalité infantile
L’objectif est de réduire de 66%, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Chaque année, 11 millions d’enfants meurent de maladies guérissables. En 1990, les vaccinations s’étaient stabilisées pour toucher 75% des enfants des pays en développement. Au cours des dernières années, ce pourcentage est passé au-dessous de 50% en Afrique sub-Saharienne. Cette partie du monde, ravagée par la pandémie VIH-SIDA, a vu l’espérance de vie de sa population diminuer dans les années 1990, alors qu’elle était déjà tragiquement faible.
Objectif 5: Améliorer la santé maternelle
L’objectif est de réduire de 75%, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité maternelle. Cependant, la Déclaration du Millénaire reste silencieuse sur la santé reproductive !
Où en sommes-nous actuellement ?
Chaque année, 500.000 femmes meurent des suites de leur grossesse ou de leur accouchement. En Afrique sub-Saharienne, les femmes ont une chance sur 13 de mourir au cours de leur grossesse ou de leur accouchement. Dans les pays de l’OCDE, ce risque est d’une chance sur 4.085.
Objectif 6: Combattre le VIH-SIDA, la malaria et les autres
maladies infectieuses
L’objectif pour 2015 est de ralentir la progression et de renverser le taux de prévalence du VIH-SIDA, de la malaria et des autres principales maladies infectieuses.
Quelle est actuellement la situation ?
En 2000, près de 22 millions de personnes étaient mortes du SIDA, 13 millions d’enfants avaient perdu leur mère ou leurs deux parents à cause de cette maladie et plus de 40 millions de personnes vivaient avec le virus, dont 90% dans les pays en développement et 75% en Afrique sub-Saharienne.
Chaque année, plus de 300 millions de cas de malaria sont enregistréd, dont 90% en Afrique sub-Saharienne et 60 millions de personnes sont infectées par la tuberculose. Les technologies médicales actuelles peuvent empêcher que ces maladies soient fatales, mais, en raison de l’accès réduire à ces technologies, la tuberculose et la malaria tuent respectivement deux millions et un million de personnes par an. Et il va sans dire que ce sont les populations pauvres qui sont les plus touchées.
Objectif 7: Garantir la pérennité de l’environnement
Afin d’atteindre cet objectif, plusieurs cibles ont été fixées. La première d’entre elles est d’intégrer les principes du développement durable aux politiques et programmes nationaux et de reverser la tendance à la dégradation des ressources environnementales. La seconde cible est de réduite de 50%, à l’horizon 2015, la proportion de personnes sans un accès pérenne à une source d’eau potable. La troisième est que d’ici à 2020, on assiste à une amélioration significative des conditions de vie d’environ 100 millions d’habitants de bidonvilles.
Quelle est actuellement la situation ?
Le réchauffement climatique est un problème mondial – et les émissions de dioxyde de carbone en sont la principale cause. Les pays à hauts revenus, avec 14% de la population mondiale, génère 44% des émissions de CO2.
Plus de 250 millions de personnes tirant leurs revenus de la terre sont directement affectées par la désertification.
En 2000, 1,1 milliard de personnes n’avaient pas d’accès à de l’eau potable.
Le Rapport 2003 sur le Développement Humain identifie 59 pays dans lesquels les Objectifs du Millénaire ne seront pas atteints si des mesures urgentes ne sont pas prises. Dans 31 de ces pays, le revenu et les autres indicateurs du développement humain demeurent très bas et les progrès dans l’atteinte des objectifs se sont arrêtés ou inversés. Nombreux sont les pays prioritaires parmi ces 59 pays qui font face à des problèmes endémiques liés à des facteurs géographiques ou à d’autres types de facteurs qui n’ont pas été suffisamment pris en compte dans les précédentes stratégies de développement. Ce n’est pas une coïncidence si 24 de ces pays souffrent d’un taux de prévalence au VIH/SIDA élevé, si 13 sont impliqués dans des conflits armés et si 31 ont des dettes extérieures anormalement élevées.
Les Objectifs de Développement du Millénaire sont basés sur le prémisse que la croissance économique seule ne pourra sauver le monde de la situation de pauvreté dans laquelle un milliard d’êtres humains sont enfoncés. Le Rapport 2003 sur le Développement Humain avance l’idée que, pour inverser la tendance, les stratégies de développement doivent se concentrer non seulement sur la croissance économique, mais également sur une distribution plus équitable des richesses et des services. Si des problèmes comme la malnutrition et l’analphabétisme — lesquels sont tout à la fois cause et symptômes de la pauvreté- ne sont pas résolus, les Objectifs ne pourront être atteints. Les statistiques actuelles sont révoltantes. Plus de 13 millions d’enfants sont morts de diarrhée au cours de la dernière décennie. Chaque année, plus d’un demi-million de femmes, soit une toutes les minutes, meurent des suites de leur grossesse et de leur accouchement. Plus de 800 millions de personnes souffrent de malnutrition.
Nombre de solutions aux problèmes de la faim, de la maladie et de l’analphabétisme sont connues – comme les moustiquaires imprégnées pour prévenir la malaria ; la présence de sages-femmes pour aider les femmes en couches ; l’utilisation de fertilisants pour améliorer la productivité agricole ; la formation à l’hygiène pour garantir la disponibilité en eau potable. Il s’agit de techniques d’une incroyable simplicité. Et pourtant, utilisées de concert, elles pourraient sauver des millions de vies.
Objectif 8 : Développer un partenariat global pour le
développement
Si la communauté internationale semble être arrivée à un consensus sur ce qui doit être atteint à l’horizon 2015, aucun consensus n’existe sur ce qui doit être fait et par qui. Le rapport 2003 sur le Développement Humain tente de mettre en lumière ces questions clés en rendant plus concret le huitième Objectif de la Déclaration du Millénaire et il appelle au nécessaire établissement d’un pacte mondial pour le développement.
Les implications en sont claires : des actions concrètes doivent être entreprises pour améliorer la situation que je viens de décrire précédemment au titre de chaque Objectif, pour créer un environnement dans lequel chacun aura la chance de réaliser son potentiel. Une des façons de mesurer les progrès accomplis serait par exemple de constater que l’on a réduit la différence entre l’espérance de vie à la naissance de la Sierra Leone (34,5 ans en 2001) et celle du Canada (79,2 ans en 2001) au cours des 12 prochaines années.
Le nouvel accord conclu en 2002 à Monterrey, au Mexique, entre le Nord et le Sud offre un cadre politique pour l’atteinte des Objectifs de Développement du Millénaire. Les nations riches représentées au sommet du « Financement pour le développement » de Monterrey se sont en effet engagées à lever les barrières commerciales, à fournir davantage d’aide et à alléger la dette des pays en développement qui entreprendraient des réformes politiques et économiques fortes.
Le Rapport 2003 sur le Développement Humain présente un « Pacte pour le Développement durant ce Millénaire » détaillant des propositions concrètes pour transformer l’accord de Monterrey en réalité. L’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement, M. Mark Malloch Brown, a récemment déclaré : « Maintenant que nous pouvons nous permettre de le faire, nous devrions tous nous demander ce qui doit être fait pour atteindre les objectifs de la Déclaration du Millénaire, et non pas si nous pouvons le faire».
Le Rapport avance l’idée que les investissements dans les secteurs industriel et commercial, lesquels peuvent être la source de création d’emplois comme l’industrie textile ou de transformation, sont plus importants pour le développement humain que les investissements dans les industries qui nécessitent un capital important, comme l’exploration ou la production pétrolière. Le rapport appelle également au financement d’initiatives spéciales pour appuyer le petit commerce et les petites entreprises des pays en développement. La microfinance apparaît également comme un outil important devant être promu comme faisant partie intégrale du secteur financier des pays en développement. Le Rapport identifie également le besoin impératif de développer et de mettre en œuvre, en partenariat avec les pays en développement, des stratégies pour permettre l’émergence d’emplois décents et productifs pour la jeunesse.
Le Rapport invite aussi les gouvernements des pays en développement à accorder une haute priorité aux services de base dont les populations pauvres ont le plus besoin : les écoles primaires, pas les universités ; les cliniques rurales, pas les hôpitaux modernes dans les grandes villes. « Les pays pauvres ne peuvent pas se permettre d’attendre qu’ils deviennent riches pour investir dans leurs populations », a déclaré Jeffrey Sachs, Conseiller Spécial auprès du Secrétaire Général des Nations Unies pour les Objectifs de Développement du Millénaire, et contributeur honorifique au Rapport sur le Développement Humain de cette année. « C’est le contraire dont il s’agit. Ils ont besoin de cliniques rurales, d’écoles, de routes, d’eau potable et d’hygiène, afin que la croissance économique puisse prendre assise. Investir pour combler les besoins de base n’est pas simplement quelque chose de souhaitable en soi pour mettre fin à la souffrance humaine, il s’agit d’un élément important d’une stratégie globale de croissance économique ».
Je suis heureux de rappeler que le Fonds d’Equipement des Nations Unies (FENU), que je dirige, se consacre entièrement à résoudre les problèmes évoqués par M. Sachs. En effet, le FENU investit avec les pauvres des pays les plus pauvres dans deux domaines : l’investissement public décentralisé dans les secteurs socio-économiques et la microfinance. Ce faisant, le FENU travaille avec les pauvres pour aider à combler leurs besoins en infrastructures socio-économiques de base et en services financiers.
Le Rapport met également au défi les pays riches de fixer des objectifs concrets a atteindre et des délais de réalisation et de prendre des mesures visant à:
La suspension des barrières douanières et des subventions commerciales : les pays de l’OCDE dépensent chaque année plus de 300 milliards de dollars en subventions agricoles. Les subventions américaines aux producteurs de coton sont trois fois plus importantes que l’aide du Gouvernement des Etats-Unis en direction de l’Afrique sub-Saharienne. Au sein de l’Union Européenne, les subventions à destination de chaque vache laitière sont supérieures en valeur à l’aide européenne par tête d’habitant à destination, toujours, de l’Afrique sub-Saharienne. Dans les pays en développement, l’individu pauvre commercialisant des biens sur les marchés mondiaux est confronté à des barrières douanières deux fois plus élevées que le travailleur « moyen » des pays industrialisés, dans lesquels les seules subventions agricoles s’élèvent à environ un milliard de dollars par jour, soit plus de six fois le montant total de l’aide. Ces barrières douanières et ces subventions coûtent davantage aux pays en développement en termes d’occasions manquées d’exportation que les 56 milliards de dollars d’aide qu’ils reçoivent chaque année. Le Rapport exhorte les pays riches à éliminer les barrières douanières discriminatoires, les quotas et les subventions qui inhibent le commerce agricole et l’investissement dans les pays en développement, ce qui bénéficierait avant tout aux Pays les Moins Avancés (PMA).
Annuler la dette : Le Rapport 2003 sur le Développement Humain propose aux pays riches d’accorder des allègements de la dette plus conséquents aux pays en développement et appelle les pays donateurs à être plus conscients du poids particulier que représente la charge de la dette pour les pays pauvres lourdement endettés. Dans les 42 pays pauvres les plus endettés, le revenu annuel per capita se situe à moins de 1.500 dollars, et, entre 1990 et 2001, la croissance économique annuelle de ces pays ne s’est élevée qu’à 0,5%.
Augmenter les flux d’aide : L’année dernière, le long déclin des flux de l’aide officielle s’est enfin arrêté, ces flux se situant à 57 milliards de dollars (contre 52,3 milliards en 2001). En 2002. lors de la Conférence de Monterrey sur le Financement du Développement, pays pauvres et riches se sont engagés à appuyer des réformes politiques et à dégager les ressources nécessaires à l’atteinte des Objectifs de Développement du Millénaire, y compris à augmenter les flux annuels de l’aide de 16 milliards à l’horizon 2006. Cependant, même si les engagements de Monterrey sont tenus, la valeur totale de l’aide demeurera nettement inférieure aux 100 milliards de dollars que l’on estime être nécessaires pour atteindre des Objectifs de Développement du Millénaire.
Améliorer l’accès au progrès technologique : Dix pour cent, seulement, des fonds investis dans la recherche et le développement le sont pour trouver des solutions aux problèmes de santé qui touchent 90% de la population mondiale. Les pays riches ont limité considérablement le droit des pays pauvres à mettre sur le marché des médicaments indispensables à bas prix; un droit pourtant reconnu par l’accord de l’Organisation Mondiale de Commerce portant sur les aspects commerciaux du droit à la propriété intellectuelle. Le Rapport 2003 sur le Développement Humain appelle les pays riches à ce que ce droit soit appliqué. Le rapport identifie également la coopération avec le secteur privé comme un besoin prioritaire, pour faire en sorte que les nouvelles technologies, et plus particulièrement les technologies de l’information et de la communication, profitent au plus grand nombre.
Le débat autour des Objectifs du Développement du Millénaire a été principalement centré sur la capacité des pays pauvres d’atteindre ou non les objectifs du Millénaire. Le Rapport 2003 avance l’idée que les pays riches devraient eux aussi être assujettis au même examen et devraient être amenés à rendre compte des progrès accomplis dans l’atteinte de l’Objectif 8, ce qui les conduirait à participer pleinement, et en toute transparence, au compact mondial pour le développement. Ces rapports d’avancement pourraient en outre contribuer à l’élaboration d’une stratégie mondiale pour la réduction de la pauvreté.
« Ce n’est pas une question de charité », a déclaré Mme Sakiko Fukuda-Parr, principal auteur du Rapport. « Les maladies ne respectent pas les frontières géographiques, à l’instar des ouragans, de la sécheresse ou des guerres. Ces questions relèvent de notre responsabilité collective dans un monde de plus en plus interdépendant ».
Le Rapport met en garde qu’à moins que les pays riches ne tiennent leurs promesses s’agissant du financement du développement, les Objectifs de Développement du Millénaire –quantifiés allant de la réduction de moitié de la pauvreté au ralentissement de la progression de l’épidémie du VIH/SIDA à l’horizon 2015 -- ne seront pas atteints. Le Rapport 2003 sur le Développement Humain constate que ces engagements, dans les faits, ne sont pas tenus.
« Derrière un accord équitable, il y a l’idée que les pays riches comme les pays en développement doivent être tenus responsables des objectifs a atteindre et des délais », a déclaré Mme Eveline Herfkens, Coordinateur Exécutif de la campagne des Objectifs de Développement du Millénaire. « Si les nations riches ne remplissent pas leur part du contrat, les pays pauvres ne pourront atteindre les objectifs ».
Comme vous le savez, et c’est regrettable, le monde continue à être fragmenté –entre les riches et les pauvres, les puissants et les faibles, et entre ceux qui accueillent positivement l’idée d’économie globale et ceux qui exigent une voie différente. Pouvons-nous aller au-delà du rêve pour un monde plus équitable et sécuritaire pour tous ? Chacun d’entre nous a un rôle à jouer pour transformer les bonnes volontés en réalité.
Je sais que le Canada s’est engagé à faire davantage encore au cours des prochaines années dans les domaines de l’Assistance Publique au Développement, le commerce et les autres domaines abordés par le Rapport sur le Développement Humain pour faire en sorte que les Objectifs de Développement du Millénaire soient atteints. Il serait intéressant que les autres intervenants, ainsi que les membres de l’assistance, nous disent ce qui est en train d’être fait, quels sont les plans, et, en fin de compte, ce que le Canada peut contribuer de manière réaliste à l’atteinte des Objectifs de Développement du Millénaire.
* * *
Annex 1
Tableau 1: Données IDH – Canada (RDH 2002 et 2003)
|
Espérance
de vie |
Taux d’alphabétisation des adultes (en %) | Taux brut de scolarisation (en %) | PNB par habitant (en US$) | |
| RDH 2002(données 2000) | 78.8 | ..* | 97 | 27,840 |
| RDH 2001(données 2001) | 79.2 | ..* | 94** | 27,130 |
* Données non disponibles. Afin de calculer l’IDH, une
valeur de 99% est utilisée dans le cas des pays à hauts
revenus de l’OCDE.
** Les données se réfèrent à l’année
scolaire 1999-2000. Après la publication du RDH de 2002, de nouvelles
estimations (95% pour l’année scolaire 2000-2001) ont été
publiées.
- Rapport 2003 sur le Développement Humain
- Le Brésil a enregistré une amélioration importante de son IDH, principalement grâce aux efforts déployés dans le domaine de l’éducation. La Bolivie et le Pérou ont également amélioré leurs positions grâce aux réformes sociales engagées.
- Le changement dans l’IDH du Canada est principalement dû à une baisse des taux bruts cumulés de scolarisation dans le primaire, le secondaire et le tertiaire – de 97% à 94% (voir Annexe 1). La faible variation du PNB par habitant n’a pas eu d’impact significatif sur la valeur de l’IDH, étant donné que le revenu est ajusté en prenant en compte la valeur logarithmique du PNB par habitant.
- % de la population au-dessous de 50% du revenu médian.
- Entre l’âge de 16 et de 65 ans.
Lien : Téléchargez le Rapport complet (7.7MB): [pdf]






